Exposition art Paris

Karine N’guyen Van Tham


Printemps Nomade

« J’ai cueilli un printemps et raconté un enfant »

 

Dans le silence de l’atelier, main gauche agrippée au papier, Karine s’est laissée guider par un enfant. Un enfant-ancêtre du XIIe siècle mongol, venu lui montrer et lui faire écouter rites et croyances, mais aussi le lien étroit qui unit la vie et la mort, la naissance et la guerre, les dents et les étoiles.

C’est de cette rencontre que naît « Printemps Nomade ». Au Sofitel Paris Le Faubourg, l’artiste déploie une cosmogonie faite de textiles. Ici, le vêtement ne se fait plus « utile » mais « révélateur » d’âmes et de récits. Loin des clichés bucoliques, son œuvre est une force tellurique : une tension sacrée entre ce qui s’efface et ce qui advient.

Inspirée par une vision hypnagogique d’une « rivière d’ancêtres », Karine fait dialoguer ses deux mains. La main droite, experte du tissage, des teintures végétales et des broderies, ancre l’œuvre dans une matérialité noble et ancestrale. La main gauche, libérée par le dessin automatique sous l’égide de l’enfant, devient le réceptacle d’un récit invisible. Ensemble, elles façonnent des objets de mémoires vivantes où la matière sert d’ancrage à l’éthéré.

De l’œuvre Le Feu de l’enfant — rite de mutation des os nécessaire à la transformation — au Manteau monumental du Père, architecture-refuge aux couleurs du soleil levant, chaque œuvre est un seuil, une invitation à écouter les chuchotements des fibres incarnées. Là où les coiffes brodées signent le respect des crânes, les chaussures déposées dans leurs écrins de bois racontent l’attachement à la terre.

Ce voyage nous raconte — telle la jeune pousse qui s’extirpe du sol — un nomadisme vertical : une traversée qui ne se joue pas seulement dans les paysages, mais à travers les états de l’être.

Dans cet écrin parisien, l’artiste nous invite à une pause rituelle. Elle nous propose de côtoyer l’objet comme on côtoie un ami : avec le temps et l’humilité nécessaire pour que, dans le secret des fibres, l’absence se fasse enfin présence.

Pour que cette présence puisse nous rappeler à quel point la mort n’est pas une fin, mais l’humus indispensable au surgissement du vivant.

L’exposition est à découvrir dans les vitrines, l’entrée et le lobby de l’hôtel.

 

Karine N’guyen Van Tham

 

Née en 1988 à Marseille, Karine N’guyen Van Tham vit et travaille en centre Bretagne. Diplômée de l’École Supérieure d’Art et de Design de Marseille (INSEAMM) en 2011, elle complète son parcours par une formation en tapisserie d’ameublement avant de devenir tisserande autodidacte. Son œuvre, à la lisière de la sculpture textile, du dessin et de l’écriture, explore l’objet comme dépositaire de mémoires et de sacralité.

Son travail a été récompensé dès 2017 par le Prix création de la région Bretagne, puis en 2024 par le Prix de la jeune création européenne à Strasbourg. La même année, sa pratique prend une dimension internationale avec sa participation à la 60e Biennale de Venise, où elle expose au Palazzo Vendramin Grimani (Fondazione dell’Albero d’Oro). Exposée par plusieurs galeries en France et en Europe, elle poursuit aujourd’hui ses recherches sur la phénoménologie de l’absence depuis son atelier breton.

Découvrir l’artiste

Le geste, la matière et le temps long

 

Au-delà de sa dimension poétique et artistique, Printemps Nomade engage une réflexion contemporaine sur la responsabilité du geste et du regard. Le travail de Karine N’Guyen Van Tham s’inscrit dans une attention rare portée au temps long, à la justesse du geste et au respect de la matière et de la nature. Ses œuvres textiles, pensées comme des sculptures, interrogent la fonction du vêtement lui-même : loin des logiques de mode et de consommation, il devient protection, signe et forme de sacralité, où l’usage s’efface au profit du sens et de la permanence.

Chaque pièce est entièrement façonnée à la main, à partir de matières naturelles et locales, soie, lin de Normandie, laine des troupeaux voisins de l’atelier, teintes par l’artiste à l’aide de pigments végétaux, puis tissées sur d’anciens métiers à tisser patiemment restaurés. Ce processus, profondément ancré dans des savoir-faire archaïques, redonne au vêtement une dimension première, culturelle, symbolique, rituelle.

Dans cette approche, l’exposition résonne avec une vision plus essentielle du luxe : celle d’un temps retrouvé, d’une matière respectée, et d’une création qui privilégie la durée à l’éphémère, le sens à la mode. Printemps Nomade invite ainsi à une réflexion sur notre rapport au monde et  au vivant.

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